
Lors d'un récent séjour au Rwanda, j'ai fais trois heures de route pour me rendre dans le district de Burera, au nord de la capitale Kigali. J'y ai rencontré la famille Mwumvirangoma, notamment le père Jean de Dieu, la mère Valentine et leurs cinq enfants. Salomon est élève au niveau 6, Etienne élève au niveau 5, Charlotte élève au niveau 1 et la petite Liliose à la maternelle. Leur fille aînée, absente sur la photo, assistait aux cours de l'après-midi au lycée du coin.

Après une matinée active à la maternelle, Liliose, 3 ans, fait une sieste sur le dos de Valentine.

C’est la maison de la famille. Avec deux vaches et un petit lopin de terre pour l'agriculture, il y'en a juste assez pour survivre. Mais les deux parents, qui ne sont jamais allés à l’école, font de l’école une priorité absolue pour leurs enfants. L’enseignement primaire au Rwanda est gratuit, mais les parents sont tenus de payer les uniformes et les fournitures scolaires.

Quand on lui a demandé pourquoi l'école était importante pour lui, Etienne a répondu
"J'ai dit à mes parents que je voulais aller à l'école parce que je voulais devenir policier."Et son papa, Jean de Dieu d'ajouter,
“L'école aide à préparer les enfants à mieux gérer leur avenir. Je veux qu'ils aillent à l'école pour pouvoir améliorer le Rwanda.”

L’école Jean de la Mennais, dans le district de Burera, se trouve à 10 minutes à pied de la maison des Mwumvirangoma. L'école compte 1 250 élèves répartis entre la maternelle, le primaire et le secondaire. Il existe également un centre de formation des enseignants tout près de l’école. Tout est financé par le gouvernement, à l'exception de l'école maternelle, pour laquelle les parents paient.
Le Rwanda a fait de grands progrès en matière d'éducation au cours de la dernière décennie et a même reçu le prestigieux prix des bonnes pratiques de l'éducation du Commonwealth en 2012 et 2015 pour son programme d'éducation de base de neuf ans et ses réalisations en termes d’intégration de l’anglais dans ses programmes, respectivement.

Le Rwanda est un pays partenaire du GPE depuis 2006 et a reçu plus de 200 millions de dollars en guise de financements du GPE. Le financement du GPE est octroyé en guise d’appui budgétaire, ce qui signifie que ces financements viennent s’ajouter au budget de l’éducation du gouvernement. Le ministère de l'Éducation alloue les fonds de ce budget sur la base d'un plan sectoriel complet de l'éducation préparé par le gouvernement en collaboration avec tous les partenaires de développement. Ce plan est un projet de ce qui doit être fait pour assurer à tous les enfants rwandais une éducation de qualité. Le Département britannique pour le développement international (DFID) est l’agence de coordination au Rwanda.

Dans la classe du niveau 5, l'enseignant interroge Etienne et ses camarades sur les outils de travail d'un forgeron, sujet d’une leçon précédemment vue.

Au Rwanda, les enfants commencent à apprendre dans leur langue maternelle, le kinyarwanda, puis passent à l’anglais en 4e année du primaire.

J’ai aussi rendu visite à Charlotte, la sœur cadette d’Etienne, dans sa classe de 1ère année du primaire. Elle a des difficultés d'apprentissage, mais est bien intégrée à la classe. Son institutrice lui prête une attention particulière et l'aide à apprendre à son rythme.

Voici la classe de Liliose, la plus jeune membre de la famille. Sur cette photo, elle porte un sweat à capuche rayé. Les enfants ici ont entre 3 et 4 ans et chantent une chanson locale tout en dansant en cercle.

Il y a beaucoup d'activités de groupe et de moments où les enfants peuvent décider de mener une activité individuelle. Certains aiment feuilleter des livres, d'autres aiment dessiner ou s'habiller.

Vestine Nyirazuba, institutrice à l’école maternelle (portant son propre bébé sur le dos) passe du temps avec le groupe et les enfants individuellement. Elle a été formée au centre de formation des enseignants situé non loin de là.
“ L'éducation de la petite enfance est importante, car elle permet aux enfants d’ouvrir leur esprit et développer leurs talents. Ils apprennent à créer et à manipuler différentes choses. Elle les prépare pour l'école primaire,” dit-elle.

Vincent Mbarukuze est l’un des représentants des parents d’élèves. Il est également directeur adjoint du centre de formation des enseignants adjacent. Il explique que les parents sont très impliqués à l'école et prennent part aux décisions clées. Les avantages de la maternelle sont très clairs pour lui, ce qui explique pourquoi les parents sont prêts à payer pour la maternelle :
“L'année dernière, mes enfants ont fréquenté cette école maternelle et ils sont maintenant à l'école primaire. Ils se comportent très bien en première année et sont parmi les meilleurs de leur classe. C’est grâce à la préparation qu’ils ont reçu à l’école maternelle,” affirme-t-il.

L'association des parents d'élèves et la direction de l'école espèrent que le gouvernement financera bientôt la prématernelle. En 2015, le Partenariat mondial pour l'éducation a lancé un modèle de financement basé sur les résultats. Le Rwanda est l’un des premiers pays à solliciter une aide dans le cadre de ce modèle et un financement de 25,2 millions de dollars a été approuvé en sa faveur en mai 2015. 70 % du financement est destiné à soutenir le plan sectoriel de l’éducation du Rwanda. Les 30 % restant dépendront de l'obtention de résultats spécifiques en matière d'équité, d'efficacité et d'apprentissage.
Nous avons rencontré le Dr. Papias Musafiri, Ministre rwandais de l’éducation dans son bureau à Kigali.
« En effet, le nouveau modèle de financement nous aidera à obtenir des résultats encore meilleurs. Il comporte trois éléments [pour la partie axée sur les résultats]. Le premier élément consiste à mesurer les résultats d'apprentissage. Le deuxième aspect consiste à nous concentrer sur la collecte des données, afin que nous puissions disposer de données ventilées par qualité qui puissent nous informer. Le nouveau modèle de financement met également l’accent sur l’éducation préprimaire, car nous pensons que la préparation précoce augmente la capacité des enfants à progresser en numératie et en lecture et écriture, » affirme-t-il.
L’école maternelle Jean de la Mennais pourrait être financée par le gouvernement à l'avenir dans le cadre de cette nouvelle orientation sur l'éducation de la petite enfance.

Après l’école, les enfants de la famille Mwumvirangoma commencent leurs devoirs à la maison. Il n'y a pas beaucoup d'espace dans leur maison et pas beaucoup de lumière la nuit, mais étudier est important pour eux.

À la fin de ma visite, Salomon, l’élève du niveau 6 a déclaré :
« Si j’obtiens un diplôme, je pourrais devenir enseignant, maire ou même journaliste, qui sait. Il y a beaucoup de possibilités, en fait ».
Pour en savoir plus sur le travail du GPE au Rwanda
Un grand merci aux collègues du DFID qui ont aidé à organiser cette visite.