Des pique-niques, des mathématiques et un système éducatif réinventé

À l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, une jeune leader du GPE explique la manière dont les premières expériences façonnent la confiance et la curiosité d’une fille, car l'intérêt pour la science ne naît pas toujours dans un laboratoire, mais parfois lors d'activités comme un simple pique-nique.

11 février 2025 par Massah Esther Nyally Bockarie, GPE Secretariat
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Lecture : 4 minutes
Mariama, élève au collège pour filles de Freetown, en Sierra Leone Leone. Crédit : GPE/Ludovica Pellicioli

Mariama, élève au collège pour filles de Freetown, en Sierra Leone.

Credit: GPE/Ludovica Pellicioli

En cette Journée internationale des femmes et des filles de science, je suis amenée à réfléchir à la façon dont les premières expériences avec des matières comme les mathématiques jouent un rôle dans la confiance en soi et la curiosité.

Pour bien des filles, le parcours en sciences commence non pas dans un laboratoire, mais dans une salle de classe, au détour d’une conversation, voire dans des moments parfois aussi inattendus qu’un simple pique-nique.

En novembre dernier, j’ai eu le plaisir d’être invitée au pique-nique Rotaract au parc Hann. Tout le monde me le promettait : la camaraderie qui règne dans les activités Rotaract allait me tirer du sentiment d’ennui et d’isolement qui me guettait dans ma nouvelle ville d’accueil.

Tout le groupe du pique-nique a rapidement quitté le paysage poussiéreux, mais verdoyant, du parc Hann pour rejoindre un salon bien éclairé.

Des mélodies françaises émanaient du téléviseur devant moi, et un jeu de Uno à moitié terminé s’étalait sur la table. Je dois dire que je m’amusais. J’allais gagner le jeu quand nous avons été interrompus.

Les organisateurs venaient d’en faire l’annonce : c’était l’heure des quiz.

Des quiz en mathématiques, pour être exacte. La fille en moi n’était pas vraiment enchantée.

J’avais toujours eu de la difficulté avec les quiz, mais en mathématiques ? J’étais sur le point de passer mon tour. Mais à la première question, je me suis souvenue d’une astuce que j’avais vue sur TikTok, étonnamment, pour résoudre ce genre de problème.

J’avais rapidement trouvé la réponse, mais je n’avais pas levé la main assez vite. Je pensais que nous allions donner nos réponses tous ensemble, mais ce ne fut pas le cas. Cette hésitation m’a coûté le premier prix, même si j’avais réussi à résoudre le problème la première.

Malgré tout, j’ai persisté. Je remportais le deuxième puis le troisième tour, tous deux impliquant des multiplications compliquées. Prise dans le rythme, je progressais bien, à ma grande surprise.

Puis la prochaine question est tombée : les pourcentages..

À ce stade, j’ai abandonné dans ma tête. Qu’est-ce que j’y connaissais aux pourcentages ? Je ne pouvais ni me rappeler de la méthode ni des règles pour les calculer. Mais le vrai défi restait à venir. L’organisateur a déclaré que la prochaine série de questions comporterait des logarithmes.

Des logarithmes ? J’étais perplexe. Où étaient les tables ?

J’ai regardé autour de moi avec incrédulité. Alors que j’observais tout le monde en train de noircir le papier, une pensée m’est venue : mon éducation me laissait sur le carreau, une fois encore.

Comment quelque chose d’aussi fondamental que les logarithmes et les pourcentages pouvait-il me sembler si étranger ? Pourquoi ne comprenais-je pas quelque chose d’aussi indispensable dans la vie quotidienne ?

Cette prise de conscience m’a entraînée dans une réflexion plus profonde. Toute une génération d’élèves a été desservie par un système éducatif qui leur demande de résoudre des solutions longues et fastidieuses sans jamais décortiquer la logique de base des mathématiques.

Nous passions très peu de temps à apprendre les règles ou à en comprendre leur pertinence. Au lieu de cela, nous étions rapidement amenés à résoudre des problèmes complexes qui semblaient coupés de la réalité. Est-il étonnant que tant d’entre nous aient été laissés pour compte ?

C’est peut-être juste mon expérience.

J’ai cessé d’étudier les mathématiques pendant 3 ans lorsque j’ai décidé de suivre une filière artistique au secondaire. Pourtant, j’avais toujours adoré cette matière. Mes enseignants à l’époque se tenaient devant le tableau noir, écrivaient des formules, résolvaient un exemple et c’était tout.

Même si je suis toujours arrivée première en mathématiques à l’école secondaire supérieure, mes notes étaient toujours moins bonnes que celles des meilleurs élèves dans les autres filières. Pour réussir à suivre, je demandais souvent l’aide des autres élèves en sciences, mais même eux éprouvaient des difficultés à comprendre.

Et pourtant, les mathématiques constituent l’un des enseignements les plus fondamentaux. Il ne s’agit pas seulement de résoudre des équations, mais d’apprendre des règles claires et de les appliquer logiquement pour résoudre des problèmes du monde réel.

Les enseignants et les institutions, malheureusement, ont entouré les mathématiques d’une aura de difficulté, avant même que les élèves aient la chance d’apprécier cette matière.

Avec le recul, j’aurais préféré que l’on m’enseigne la simplicité des logarithmes plutôt que simplement recevoir des tables dans l’espoir que je comprenne par moi-même. Les mathématiques pourraient, et devraient, être amusantes.

C’est une matière fondée sur des règles claires, des méthodes accessibles et même des approches créatives, comme me l’a prouvée mon astuce trouvée sur TikTok lors du quiz. Avec une approche pédagogique adaptée et un état d’esprit propice, les mathématiques pourraient être une joie plutôt qu’un fardeau.

Dans une autre vie, j’aimerais revivre cette joie – apprendre non seulement à résoudre les problèmes, mais aussi à vraiment les comprendre. Après tout, les maths, ce n’est pas qu’une histoire de chiffres. C’est un langage de logique et de résolution de problèmes qui peut être aussi excitant qu’essentiel.

En cette Journée internationale des femmes et des filles de science, réimaginons un système éducatif où chaque fille a le sentiment de pouvoir aborder les mathématiques et les sciences avec joie, curiosité et assurance.

Les bailleurs de fonds et les gouvernements doivent soutenir les efforts du GPE pour veiller à ce que chaque enfant puisse acquérir des compétences en calcul, de manière à libérer son potentiel et à créer un socle solide qui lui permettra d’apprendre tout au long de la vie.

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