La semaine dernière, les représentants des coalitions de la société civile œuvrant dans le domaine de l’éducation dans 28 pays de la région d'Asie-Pacifique Sud se sont retrouvés à Hanoï. Il s’agissait de se réunir pour discuter des moyens d’optimiser les quatre derniers mois d’efforts de plaidoyer et de campagne avant la conférence de refinancement du Partenariat mondial pour l’éducation, qui se tiendra en février 2018 à Dakar, au Sénégal.
En route pour la conférence de refinancement du GPE
Le niveau d’énergie et d’engagement présent au cours de cette réunion de trois jours du Bureau Asie-Pacifique Sud d’éducation de base et d'éducation des adultes (ASPBAE) a montré combien la société civile était prête à s’attaquer frontalement à la crise de l’apprentissage.
Je dis « s’attaquer », car les incroyables discours prononcés au cours de la réunion ont rappelé aux cent participants qu’il s’agissait bien là d’un combat.
Face aux conflits, au terrorisme ou aux catastrophes naturelles, comment décrire autrement la bataille qui doit être remportée pour parvenir à ce qu’appellent de leur vœu les citoyens pour l’avenir : un monde où tous les enfants peuvent aller à l’école et apprendre en toute sécurité ?
« De Hanoï à Dakar » était le thème d’une discussion sur les possibilités d’optimisation des efforts et ressources collectifs des coalitions pour veiller à ce que cette reconstitution des ressources du GPE soit le moment d'un réel changement dans le financement de l’éducation et mène ainsi à la fin de la crise mondiale de l’apprentissage.
Une crise étendue aux profondes répercussions
Actuellement, près d’un tiers des enfants du monde en âge de fréquenter l’école primaire vivent en Asie et dans le Pacifique : mettre fin à la crise de l’apprentissage représente donc un enjeu majeur pour les militants et ambassadeurs de la cause de l’éducation participant à cette réunion. La région est également le témoin d’une incroyable gamme d’expériences éducatives. Entre pays stables investissant lourdement dans l’éducation et pays faisant face à des menaces violentes, politiques et financières pesant sur l'éducation, les coalitions sont confrontées à différents problèmes. Tous font cependant partie de la même lutte régionale et mondiale.
Les idées et enseignements partagés entre ces contextes apparemment si différents sont cependant exploitables, et il est clair que dans un mouvement de soutien mutuel au-delà des frontières, des langues et des régions réside une réelle force. L’idée de « faire davantage avec moins de moyens » a été longuement débattue avec les coalitions ayant convenu de partager modèles, lettres, rapports et contacts, tout en cherchant à optimiser les réseaux sociaux comme plateforme de sensibilisation collective et gratuite.
Se concentrer sur la façon dont sont dépensés les fonds
Avec certains des pays de la région consacrant déjà près de 20 % du total des dépenses publiques à l’éducation, tel que le recommande la communauté internationale, de nombreux plans de sensibilisation sont dès lors axés sur la façon dont les États dépensent ces fonds.
Ces plans cherchent à responsabiliser les États dans leurs dépenses budgétaires en matière d’éducation, de façon à ce qu’elles permettent à tous les enfants, notamment les plus marginalisés, d’accéder à une éducation gratuite de qualité en toute sécurité.
Le Vietnam est un bon exemple. L'État satisfait la cible de 20 %, mais les filles et les enfants handicapés rencontrent encore des difficultés pour accéder à une éducation de qualité. On estime en effet que 90 % des enfants handicapés au Vietnam ne sont pas scolarisés. Dans un pays dont la population est gravement touchée par le handicap suite aux horreurs de la guerre, cela laisse un grand nombre d’enfants privés d’éducation, et donc de moyen de subvenir à leurs besoins et leur avenir.
C’est pourquoi la coalition du Vietnam axe ses efforts de sensibilisation pour garantir que l’État ne revienne pas sur ses engagements financiers et pour appeler à ce que les fonds soient ciblés sur les plus marginalisés, en particulier les enfants handicapés. Ses efforts consistent notamment en un appel aux investissements dans la formation des enseignants afin que ceux-ci soient mieux préparés à enseigner à des enfants présentant tout un ensemble de handicaps, ainsi que dans la formation des handicapés pour que certains deviennent à leur tour enseignants.
De l’action nationale à l’action régionale et internationale

Durant l’évènement, j'ai présenté la campagne de financement du GPE pour encourager une discussion sur la façon dont les coalitions d'éducation d’Asie-Pacifique pourraient contribuer à atteindre l'objectif d’un financement accru pour l'éducation.
La réunion a souligné l’efficacité avec laquelle la région, et d’autres éléments du mouvement de la Campagne mondiale pour l’éducation, coordonnent leurs efforts de plaidoyer nationaux, régionaux, transrégionaux et internationaux.
Des recherches et analyses menées sur les budgets de l’éducation des pays, accompagnées d’analyses politiques, alimenteront une déclaration régionale pour le Sommet des Chefs d’État de l’ASEAN qui se tiendra aux Philippines en novembre 2017. Les mêmes informations sont essentielles dans les demandes existant au niveau national, pour la période précédant la reconstitution et au-delà.
Une planification plus avancée tient compte de la façon dont ces données et analyses peuvent être réunies avec d’autres régions et influencer le Groupe d’experts de haut niveau des Nations unies sur le Développement durable (HLP) en 2019, qui sera chargé d’examiner les avancées sur la voie de l’ODD 4. Le mode d’influence du HLP a été fixé, et un engagement par le biais de la coalition régionale d'Amérique latine a même été pris. Celle-ci ayant le statut de Conseil économique et social (ECOSOC) aux Nations unies a en effet proposé de le mettre au service de toutes les régions au sein de la Campagne mondiale pour l’éducation.
Ce travail fait preuve de nuance politique et témoigne de la compréhension cruciale de la façon dont sont liés les différents systèmes et structures politiques. Une véritable approche mondiale du plaidoyer est donc nécessaire pour un impact significatif : « À problème mondial, solution mondiale. »
Ce qui a été discuté et planifié à Hanoï était peut-être axé sur l’Asie et le Pacifique, mais les plans, idées, croyances et ambitions sont véritablement mondiales. Pour ma part, je ne doute pas que les conversations et projets faits cette semaine auront un impact mondial pour des millions d’enfants et leur droit à l’éducation.
La route de Hanoï à Dakar n’est ni droite ni facile, mais elle pourrait bien changer la vie des 264 millions de filles et de garçons qui actuellement ne vont pas à l’école.