Comment intégrer la langue maternelle et les langues communautaires pour améliorer la qualité des apprentissages

Exemples de programmes éducatifs dans lesquels l’utilisation de la langue maternelle ou de langues communautaires a amélioré l’enseignement et l’apprentissage.

21 février 2025 par Bodiel Fall, ELAN Program, Marion Poutrel, ELAN Program, Vjosa Rexhepi, ELAN Program, et Nataša Ivačić, VVOB - education for development
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Un élève lit un livre écrit en langue zoulou en Afrique du Sud. Crédit : VVOB

Un élève lit un livre écrit en langue zoulou en Afrique du Sud.

Credit: VVOB

Dans le monde, environ la moitié des enfants scolarisés suivent un enseignement dans des langues qu'ils ne maîtrisent pas, ce qui complique l'accès à une éducation de qualité pour tous.

Lorsque les élèves ne peuvent pas accéder à l’éducation dans une langue qu’ils comprennent déjà, que ce soit leur langue maternelle ou la langue de leur communauté, il leur est souvent plus difficile d’apprendre. Cela entrave leur accès à l’éducation et leur progression au sein du système.

Quand ils apprennent dans leur langue maternelle, les élèves renforcent leur maîtrise de leur langue maternelle, tout en acquérant des compétences linguistiques fondamentales qui peuvent être utilisées dans toutes les langues – les éléments de base de la lecture, ainsi que des compétences fondamentales en calcul.

Pourtant, selon le pays, dispenser un enseignement dans les langues maternelles, c’est-à-dire les langues que les enfants parlent à la maison, n’est pas toujours possible.

Des programmes d’éducation qui correspondent aux besoins linguistiques : les leçons du Viet Nam et du Cameroun

Le Viet Nam compte 54 groupes ethniques minoritaires, chacun ayant sa propre langue. Utiliser chaque langue comme moyen d’instruction représente un défi majeur, accompagné de contraintes logistiques considérables. Par conséquent, le programme est enseigné dans une seule langue : le vietnamien.

Cependant, les différences et les disparités significatives subsistent entre les enfants des groupes linguistiques minoritaires et ceux des groupes linguistiques majoritaires en termes de résultats d’apprentissage et de participation à l’éducation au Viet Nam.

Pour éliminer ces disparités dès le départ, le projet Preschool Teachers Apply Language-rich Teaching Skills and Knowledge (TALK) de VVOB promeut l’inclusion des langues maternelles dans un environnement d’apprentissage favorables aux langues, mais pas dans l’instruction du programme national.

Cours de conte dans une école à Hướng Hóa Quang, dans la province de Tri au Viet Nam. Crédit : VVOB

<p>Cours de conte dans une école à Hướng Hóa Quang, dans la province de Tri au Viet Nam.</p>

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VVOB

Étant donné la diversité linguistique du pays, le projet TALK ne se limite pas à choisir les langues maternelles en fonction du seul profil de la classe.

Au contraire, les enseignants intègrent et valorisent plusieurs langues et cultures dans les activités de classe afin de soutenir l’apprentissage de la langue seconde.

Ils veillent ainsi à ce que tous les enfants, quelle que soit leur langue maternelle, se sentent en sécurité et pleinement engagés dans des apprentissages enrichissants.

« Un environnement d’apprentissage riche en langues met à profit le pouvoir de la langue maternelle et soutient tous les élèves. »

Kelsey Carlton, conseillère en éducation pour VVOB au Viet Nam.

Un environnement d’apprentissage favorables aux langues est un espace intentionnellement conçu pour encourager l’utilisation des langues et permettre aux enfants d’acquérir des compétences linguistiques fondamentales grâce à l’apprentissage par le jeu.

En étant incités à explorer, à participer à des activités d’imagination (comme jouer au papa et à la maman ou à tenir une boutique) et à collaborer pour résoudre des problèmes, les élèves renforcent leur acquisition de la langue en apprenant de nouveaux mots et de nouvelles expressions dans le cadre de leurs jeux.

Le Viet Nam n’est pas le seul à devoir relever des défis liés à la langue d’enseignement et à la diversité linguistique.

En Afrique subsaharienne, de nombreux pays francophones connaissent des disparités éducatives importantes entre les élèves, en raison de l’usage du français comme langue d’enseignement au primaire bien que ce ne soit pas la langue parlée des enfants à la maison.

En réalité, la plupart des enfants sont rarement exposés à la langue française dans leur vie quotidienne, ce qui entrave dès le début l’acquisition des compétences fondamentales en lecture, écriture et calcul à cause de la barrière de la langue.

Pour y remédier, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a lancé le programme École et langues nationales (ELAN) en 2012, mis en œuvre par l’Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation (IFEF).

Le programme entend parvenir à offrir une éducation de qualité pour tous en intégrant les langues africaines nationales dans l’éducation de base, de manière à améliorer l’enseignement et l’apprentissage.

Un élève colle des affiches au tableau pendant un cours en Afrique du Sud. Crédit : VVOB

Un élève colle des affiches au tableau pendant un cours en Afrique du Sud.

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Au Cameroun, où plus de 250 langues sont officiellement reconnues, l'intégration de chacune comme langue d'enseignement représenterait non seulement un coût considérable, mais poserait également un défi en raison du nombre parfois insuffisant d'enfants locuteurs dans une même région pour justifier l’ouverture d’une classe.

Le programme ELAN au Cameroun, après avoir étudié la question, a décidé d’adopter la langue majoritaire dans la région comme la langue d’enseignement. La langue choisie était la langue maternelle de la plupart des enfants, mais pas de tous.

Les résultats ont montré que les enfants ont obtenu des performances similaires que ce soit leur langue maternelle ou non, car ils étaient davantage familiers avec cette langue qu’avec le français.

La langue africaine était une langue communautaire, comprise par la plupart des habitants de la région.

Dans certains pays, l’usage d’une langue communautaire comme moyen d’instruction peut s'avérer plus pertinent que l'adoption exclusive des langues maternelles.

La diversité linguistique dans la classe promeut la qualité des apprentissages

Les avantages d’une éducation bilingue sont également évidents dans d’autres régions.

Au Burkina Faso, l’éducation bilingue repose sur l'utilisation des langues nationales africaines comme première langue d'enseignement, avant l'introduction progressive du français en tant que langue seconde.

Le français devient un moyen d’instruction au cours de la troisième année de l’école primaire, tout en coexistant avec la langue nationale dans une approche de bilinguisme additif tout au long du cursus primaire.

Les effets positifs de cette approche sont indéniables.

Des évaluations récentes des résultats des élèves ont révélé une amélioration de la performance scolaire des élèves des classes bilingues, ces derniers figurant parmi les mieux classés à l’examen national de fin de primaire en 2023.

De plus, ces élèves achèvent leur cycle primaire en cinq ans, contre six dans le programme monolingue classique en français.

Cette réduction d’un an témoigne non seulement l’efficacité pédagogique de l’enseignement bilingue, mais représente également des économies financières significatives pour le système éducatif.

Une approche similaire est en train d’être adoptée en Afrique du Sud, où les matières sont d’abord enseignées dans la langue maternelle pendant les trois premières années avant qu’un changement majeur ne s’opère vers l’anglais en quatrième année.

« Quand l’enseignement est dispensé dans une langue qu’ils connaissent, les élèves sont plus susceptibles de comprendre les notions enseignées. »

Thobile Mdlophane, conseillère en éducation pour VVOB en Afrique du Sud

L’apprentissage commence par la langue d’enseignement

Accepter la diversité linguistique est primordial pour atteindre l'objectif de développement durable (ODD) 4.6, lequel vise à garantir l’acquisition des compétences en lecture, écriture et calcul pour tous d’ici 2030.

Les approches mises en place au Viet Nam, au Cameroun, au Burkina Faso ou en Afrique du Sud pour remédier aux défis linguistiques dans l’éducation montrent des résultats prometteurs pour améliorer la qualité des apprentissages et l’équité en matière d’éducation.

Il est essentiel de poursuivre les efforts de sensibilisation à l'importance de la langue d'enseignement, en particulier durant les premières années du primaire, période clé où la maîtrise linguistique conditionne l'acquisition durable des compétences fondamentales en lecture, écriture et calcul.

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