Ukraine : l'éducation pour soutenir la santé mentale des enfants

<p>Découvrez comment le GPE et ses partenaires contribuent à accroître les capacité des éducateurs à fournir des services de santé mentale aux enfants en Ukraine.</p>

Ukraine : l'éducation pour soutenir la santé mentale des enfants

Ukraine: Education brings mental health support to children
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Points clés

  • La guerre en Ukraine a eu un impact sur le bien-être de cinq millions d'enfants d’âge scolaire.
  • Le GPE et ses partenaires contribuent à renforcer les capacités des éducateurs à fournir aux enfants des services de santé mentale.
  • Plus de 60 000 professionnels de l'éducation ont été formés au soutien psychosocial et à la sécurité scolaire en vue d’améliorer le bien-être des enfants.

Cet article a été rédigé en collaboration avec l'UNESCO et l'UNICEF.

Alyona Kolisnyk

« J'ai dans ma classe des élèves dont les parents sont soldats. Certains attendent que leur père ou leur mère les appelle, d'autres attendent que leurs deux parents les appellent. Ces enfants ont besoin de beaucoup d'attention, de soutien et d'aide de la part des enseignants. Nous incarnons l’autorité aux yeux des enfants et nous devons être capables de leur apporter une aide psychologique. »

Alyona Kolisnyk
Enseignante au lycée N°2 de Balta, région d'Odessa

Plus de deux ans après le début de la guerre en Ukraine, une chose est malheureusement sûre pour Alyona et les autres éducateurs du pays : les dommages causés par le conflit qui sévit actuellement dans le pays sont loin de se cantonner à l’aspect physique. Un combat invisible et souvent négligé est mené en parallèle pour assurer le bien-être des élèves ukrainiens.

L'Ukraine compte environ 5 millions d'enfants d’âge scolaire. Pour un grand nombre d'entre eux, les déplacements, la violence et l’interruption des services essentiels ont provoqué du stress aigu et chronique, de l'anxiété, de la tristesse, du désespoir, des troubles du sommeil, de la fatigue, de l'irritabilité ou de la colère.

Consciente des lourdes conséquences sur la santé mentale des enfants, l'Ukraine a accordé la priorité à l'éducation en dotant le secteur des capacités nécessaires pour relever ce défi.

Grâce au programme national de santé mentale et de soutien psychosocial, mené par la première dame Olena Zelenska, le ministère ukrainien de l'Éducation et de la Science collabore avec des partenaires pour élaborer des politiques, des protocoles et des outils afin d'apporter aux élèves le soutien dont ils ont besoin.

Dmytro Zavgorodnii

« Avant la guerre, nous pensions qu'il fallait au moins un psychologue dans chaque école. Aujourd'hui, je pense que tous les enseignants devraient avoir un certain niveau d'expérience en matière de soutien à la santé mentale des enfants, parce qu'il y a tellement d'enfants qui comptent sur leurs enseignants pour ce genre de soutien. »

Dmytro Zavgorodnii
Vice-ministre de l'Éducation et de la Science, Ukraine

Paroles d'enfants

Vasilisa Sakun, élève au lycée de Snihurivka, région de Mykolaïv

« Avant la guerre, je pouvais aller voir ma sœur et mes grands-mères. Aujourd'hui, mes grands-mères se trouvent dans des zones encore occupées, et il est difficile de rendre visite à ma sœur. Quant à mes camarades de classe, j'en vois parfois quelques-uns en personne, et les autres, je ne les vois que virtuellement lors des cours en ligne. J'adorais aller aux cours de danse et de dessin, mais ces clubs ont été fermés. J'ai commencé à retourner à l'école et je m'y amuse beaucoup. J'ai des amis. Mais ma mère ne me laisse pas y aller souvent à cause des alertes aériennes et des bombardements. »

Vasilisa Sakun, élève au lycée de Snihurivka, région de Mykolaïv
Ivan Vasiliev, élève au lycée de Snihurivka, région de Mykolaïv

« Pendant l'occupation, je rêvais d'étudier parce que j'en avais marre de rester à la maison sans rien faire. J'ai effectué quelques recherches sur internet, j'ai essayé de comprendre les matières, mais l'autoapprentissage était difficile. Le plus difficile était de garder le moral, car c'était très éprouvant psychologiquement. »

Ivan Vasiliev, élève au lycée de Snihurivka, région de Mykolaïv
Iryna Vradiy, élève au lycée de Snihurivka, région de Mykolaïv

« Fille ordinaire, j'étudiais et semblais avoir une vie normale. Je pensais avoir quelques problèmes, mais je me rends compte aujourd'hui que je n'avais pas à me plaindre. J'avais 12 ans au début de l'invasion et j'ai fêté mon 13e anniversaire pendant l'occupation. J'ai essayé d'étudier seule, mais nous n'avions plus accès à internet. Au début, on pouvait le capter à certains endroits de l'appartement, mais ensuite il a fallu grimper sur le toit pour obtenir un signal. C'était terrifiant parce que des drones volaient autour de nous. »

Iryna Vradiy, élève au lycée de Snihurivka, région de Mykolaïv

Garantir que les écoles contribuent au bien-être des élèves

Les enseignants et les psychologues scolaires sont devenus les premiers secours pour faire face à la crise émotionnelle provoquée par la guerre.

Tetyana Savchuk

« Malheureusement, beaucoup de nos enfants ont des parents qui défendent notre pays. Il y a des enfants dont les parents sont en captivité et d'autres dont les parents sont décédés. Nous observons de l'anxiété chez nos enfants et des signes d'agressivité. Certains se sont complètement repliés sur eux-mêmes et refusent de participer ou de communiquer. Très souvent, les enfants n'ont tout simplement personne à qui parler de leurs préoccupations. »

Tetyana Savchuk
Psychologue au lycée Oles Honchar N°1, région d'Odessa

L'école de Tetyana fait partie des 244 établissements scolaires des régions d'Odessa et de Jytomyr touchées par la guerre qui ont participé en 2024 à un programme de formation dans les domaines de la sécurité scolaire, la santé mentale, le soutien psychosocial, ainsi que l'apprentissage social et émotionnel.

Des équipes composées d'enseignants, de chefs d’établissement, de psychologues scolaires, de surveillants et de parents/responsables d’enfants issus de toutes les écoles des deux régions ont bénéficié de cinq jours de formation en ligne suivis d'une journée de formation pratique en présentiel avec des exercices de simulation.

  • Boldyreva Hanna Volodymyrivna, méthodologiste du laboratoire scientifique et méthodologique des activités de gestion, donne un cours aux enseignants et aux chefs d'établissement lors d'une formation sur la sécurité scolaire et le soutien psychosocial des élèves à Balta, dans la région d'Odessa, en Ukraine.
    Crédit : GPE/Oleksandr Techynskyi

  • Balbuza Olena, responsable du centre de ressources régional d'Odessa pour le soutien à l'éducation inclusive, donne un cours aux enseignants et aux chefs d'établissement lors d'une formation sur la sécurité scolaire et le soutien psychosocial des élèves à Balta, dans la région d'Odessa, en Ukraine.
    Crédit : GPE/Oleksandr Techynskyi

La formation a pu être dispensée grâce à un financement au titre du fonds à effet multiplicateur du GPE d’un montant de 25,5 millions de dollars, assorti d’une contribution équivalente de 25,5 millions de dollars en espèces et en nature de la part de Microsoft, Google et l'UNESCO, soit un total de 51 millions de dollars d'aide à l'éducation en faveur de l'Ukraine.

Mise en œuvre par l'UNESCO, la formation est l'une des composantes des différentes activités réalisées dans le cadre de ce financement.

Tous les 7 400 enseignants d'Odessa et de Jytomyr ont été formés dans le domaine de la sécurité scolaire et du soutien psychosocial, ce qui a profité à 38 000 élèves.

Danijel Cuturic

« Si les problèmes de santé mentale des enfants ne sont pas résolus, ils ne peuvent pas apprendre et développer pleinement leur potentiel. Pour élaborer ce programme, nous nous sommes rendus dans les écoles pour parler aux parents, aux enseignants et aux autorités locales. Leur objectif principal était la sécurité physique, mais lorsque nous avons approfondi les discussions, nous nous sommes rendu compte qu'il manquait clairement un élément important : la santé mentale, qui doit également être prise en compte. Imaginez une situation où les enfants doivent s'inquiéter chaque jour de savoir si leur père reviendra du front, s'ils devront déménager et évacuer, ou si leurs amis seront présents à l'école le lendemain. C'est ce que nous appelons le stress toxique, et ce dernier a un impact négatif sur le développement émotionnel, psychologique, cognitif et comportemental des enfants. »

Danijel Cuturic
Coordinateur des programmes d'éducation, UNESCO Ukraine

La formation porte sur les thèmes suivants :

  • Les compétences organisationnelles, telles que les compétences nécessaires pour interagir avec les partenaires issus des différents secteurs (les services d'urgence, les communautés), ainsi que la capacité à organiser et à coordonner les équipes d'intervention d'urgence au sein d'une école.
  • Les compétences en matière de riposte aux crises, telles que la maîtrise des instructions sur la manière de réagir face aux différentes situations d'urgence (liées aux guerres, aux catastrophes naturelles ou à des problèmes technologiques par exemple) et le renforcement des capacités à se préparer psychologiquement au travail en situation de stress.
  • La lutte contre les menaces et les défis, telle que la connaissance des principes de sécurité, les compétences en matière de prévention et de riposte à la violence, et les compétences en matière de cybersécurité.
  • La résilience psychologique, telle que la compréhension du concept de sécurité psychologique et l'utilisation d'une approche tenant compte des traumatismes dans les interactions avec les enfants et les collègues.
  • Le suivi et le soutien du processus éducatif, tels que la connaissance des méthodes permettant d’évaluer l'efficacité des mesures de sécurité mises en œuvre.
  • Des pompiers forment des enseignants et des chefs d'établissements scolaires à l'utilisation d'extincteurs au lycée N°1 de Balta, dans la région d'Odessa, en Ukraine.
    Crédit : GPE/Oleksandr Techynskyi

  • Une enseignante s'exerce à utiliser un extincteur lors d'une formation sur la sécurité scolaire et le soutien psychosocial des élèves au lycée N°1 de Balta, dans la région d'Odessa, en Ukraine.
    Crédit : GPE/Oleksandr Techynskyi

Conscient de l'importance de ce programme, le ministère de l'Éducation a désormais mis cette formation à la disposition de toutes les écoles d'Ukraine. Jusqu’ici, plus de 61 000 enseignants, soit près de 20 % du corps enseignant du pays, se sont inscrits à la formation en ligne.

Des enseignants de Balta, dans l'oblast d'Odessa, participent à une formation « Créer un environnement éducatif sûr ».

Comment les écoles contribuent au bien-être des enfants

Le lycée Oles Honchar N°1 a créé une zone sans gadgets, équipée de jeux et de coussins confortables, où les enfants peuvent se déchausser, s'asseoir et se détendre.

L'école a également mis en place un programme de santé mentale intitulé Comment vas-tu ?, qui comprend des exercices pour aider les enfants à gérer le stress, tels que des techniques et des exercices de respiration destinés à soulager les tensions musculaires et à aider les enfants à détourner leur attention de la guerre et de leurs soucis.

Ces techniques simples et efficaces aident les enfants à gérer leur anxiété, leur stress et leur agressivité.

Au lycée N°2 de Balta, le personnel organise des événements avec les familles, conscient que les parents souffrent également d'anxiété. Par exemple, l'école a organisé un match de sport entre une équipe d'enseignants et une équipe de parents, encouragés par les élèves.

C'est l'un des moyens utilisés par l'école pour susciter des émotions positives et maintenir un lien avec la communauté.

Réintégrer un plus grand nombre d'enfants à l'école

Réintégrer un plus grand nombre d'enfants à l'école

Près de 2 000 écoles ont été endommagées ou détruites depuis le début de la guerre. Par conséquent, il est difficile de faire revenir tous les enfants à l'école.

Même si de nombreux élèves ont pu retourner à l'école en présentiel, environ 1,2 million d'entre eux continuent de bénéficier d’un apprentissage en ligne ou d'un format d'apprentissage mixte dispensé en ligne et en présentiel.

Le GPE et ses partenaires aident le pays à résoudre ce problème. Grâce à une combinaison d’aide financière, d’appui à la mise en œuvre des programmes de la part de l'UNICEF, et de contributions en nature de la part de Microsoft et de Google, le ministère de l'Éducation a ouvert 39 centres d'apprentissage numérique équipés d'ordinateurs et d'une connexion internet dans des endroits où l'enseignement en présentiel n'est pas possible.

Les élèves se rendent dans ces centres pour se connecter à des cours en ligne, étudier dans un endroit calme ou avec des camarades, et suivre des cours de rattrapage avec des enseignants. C'est aussi un endroit où les élèves peuvent se retrouver, jouer à des jeux et discuter entre eux, ce qui leur offre des possibilités d'interaction sociale dont ils ont grand besoin.

L'UNESCO et l'UNICEF ont collaboré pour intégrer du soutien psychosocial et de l'apprentissage social et émotionnel dans les centres d'apprentissage numérique, afin de s'assurer que les enfants de ces centres bénéficient des mêmes programmes de bien-être que les enfants des écoles ordinaires.

Svitlana Bilousova

« C'est beaucoup mieux lorsque nous travaillons avec les élèves hors ligne et dans les salles de classe. Lorsque vous êtes en contact avec un enfant, il est important de bien l’accompagner lorsqu'il traverse une période difficile. »

Svitlana Bilousova
Enseignante au lycée N°2 de Balta, région d'Odessa

Alors que le système éducatif ukrainien se bat sur deux fronts, à savoir reconstruire les infrastructures et guérir les blessures psychologiques et émotionnelles, ses enseignants et ses élèves sont déterminés à ne pas baisser les bras. « Il s’agit de nos enfants », déclare Svitlana, « ils méritent un avenir meilleur et une enfance paisible et heureuse ».

Janvier 2025